Beuvry la Forêt
d’hier à demain
Beuvry la Forêt d'hier à demain #2
Paul Cathelain – Les sociétés de chasse à Beuvry-la-Forêt
Paul Cathelain habite à Beuvry-la-Forêt depuis 1989, mais connaît le village depuis son enfance à travers sa famille et la ferme familiale de ses grands-parents. Il chasse depuis 1971 et pratique encore aujourd’hui la chasse à Beuvry-la-Forêt ainsi qu’en forêt de Marchiennes.
Une société de chasse autrefois au cœur de la vie du village
Selon Paul, la chasse occupait autrefois une place importante dans la vie sociale de Beuvry-la-Forêt. Il n’existait à l’époque qu’une seule société de chasse dans le village, dont son grand-père était président.
La société réunissait des personnes issues de milieux très différents : agriculteurs, ouvriers, notables… La chasse constituait ainsi un lieu de brassage social. Les repas de chasse étaient également des événements importants dans la vie du village. Ils réunissaient les familles, les amis et les proches des chasseurs et participaient à la vie financière et conviviale des associations.
Paul garde notamment le souvenir d’une grande diversité de profils et de générations au sein des sociétés de chasse. Les plus jeunes, plus sportifs, poursuivaient le lièvre, tandis que les chasseurs plus âgés pratiquaient différemment. Tous se retrouvaient ensuite pour échanger et raconter leurs histoires.
La séparation des sociétés
Paul explique qu’une première société de chasse existait autrefois à Beuvry-la-Forêt. Une scission, survenue selon lui à la fin des années 1970, a progressivement conduit à la création de plusieurs sociétés.
Aujourd’hui, il estime qu’il existe plusieurs sociétés ou petits groupes de chasseurs sur le territoire communal. Les sociétés restent principalement constituées de chasseurs locaux, même si elles tendent à s’ouvrir davantage à des personnes venant des communes voisines.
Pour Paul, cette évolution traduit aussi une transformation du monde de la chasse : il y a aujourd’hui moins de chasseurs et les générations se renouvellent plus difficilement.
Une chasse transformée par l’évolution du territoire
Paul insiste sur le fait que la chasse a changé en même temps que le territoire.
Le remembrement intervenu dans les années 2000 a profondément transformé le paysage agricole. La disparition de certains fossés, bosquets et espaces intermédiaires a contribué à modifier les conditions de vie de certaines espèces.
Il évoque notamment la disparition progressive de la perdrix. Dans les années 2000 et encore autour de 2010, les chasseurs pouvaient en observer et en prélever régulièrement. Aujourd’hui, la situation est très différente et sa société ne chasse pratiquement plus la perdrix.
Le lapin a également fortement diminué depuis l’apparition de la myxomatose. Le lièvre reste présent mais connaît régulièrement des épisodes de maladies. À l’inverse, certaines espèces semblent davantage présentes, notamment le pigeon ramier et, de façon plus surprenante pour Paul, les canards. Il constate également davantage de sangliers qu’auparavant.
Les chasseurs comme observateurs du territoire
Paul considère que les chasseurs disposent d’une connaissance particulière de la faune locale. Parce qu’ils parcourent régulièrement les territoires, ils peuvent observer les évolutions des populations animales et repérer certaines maladies ou anomalies.
Il décrit les chasseurs comme des « sentinelles » du territoire : selon lui, leur présence régulière permet de remarquer rapidement les changements affectant la faune.
Il évoque également leur participation à certaines opérations d’entretien ou à des actions collectives, comme le « village propre », ainsi que l’apport de nourriture ou d’eau aux animaux dans certaines périodes difficiles.
Un monde de la chasse vieillissant
Pour Paul, l’un des principaux enjeux actuels est le vieillissement des chasseurs et la difficulté à attirer de nouvelles générations.
Les jeunes qui pratiquent encore la chasse semblent davantage attirés par le gros gibier et la chasse en forêt que par la chasse traditionnelle en plaine. Il constate donc une diminution de la chasse au petit gibier.
Il estime également que le coût peut constituer un frein à la pratique et reconnaît que la chasse peut être perçue comme un loisir coûteux.
Pour lui, l’avenir des sociétés dépendra notamment de leur capacité à intéresser de jeunes chasseurs.
Quel avenir pour les sociétés de chasse ?
Paul considère qu’un renouvellement important est à venir compte tenu de l’âge moyen des chasseurs actuels.
Il s’interroge également sur les conséquences de leur disparition progressive. Selon lui, les chasseurs jouent actuellement un rôle d’observation régulière du territoire : certains parcourent les terres très fréquemment et peuvent ainsi constater l’apparition de maladies, les évolutions des populations animales ou les changements du milieu.
Il imagine donc qu’une disparition importante des sociétés de chasse pourrait entraîner une perte de cette présence et de cette connaissance quotidienne du territoire.
Une place dans l’identité du village
Lorsqu’il est interrogé sur la place des sociétés de chasse dans l’identité de Beuvry-la-Forêt, Paul nuance d’abord leur importance : les chasseurs ne représentent qu’une partie limitée de la population.
Mais il considère que leur rôle dépasse le nombre de pratiquants. Comme le football ou d’autres activités sportives et associatives, les sociétés de chasse créent du lien entre les habitants et donnent naissance à un sentiment d’équipe et d’appartenance.
Son souvenir le plus marquant reste finalement celui d’une activité collective : des chasseurs de générations et de milieux différents, qui pratiquaient chacun à leur manière, puis se retrouvaient après la chasse pour raconter leurs histoires.
Pour Paul, c’est cette dimension humaine et collective qui constitue une partie de l’histoire des sociétés de chasse à Beuvry-la-Forêt.
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